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Mardi 12 avril 2011 2 12 /04 /Avr /2011 19:22

 

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Le Vénérable Père Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus, Carme (1894-1967)

 

Que dirait le P. Marie-Eugène de l’Enfant Jésus pour le Carême ? Tout d’abord, « regarder Jésus », répond le P. Louis Menvielle, de la Congrégation pour le Clergé, et vice-postulateur de la cause de béatification du Carme français, fondateur de l’Institut Notre-Dame de Vie. 

 

Père Louis Menvielle, vous êtes vice-postulateur de la cause de béatification du Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, Carme et Fondateur de l’Institut Notre-Dame de Vie. Avant de l’écouter parler du carême, dites-nous où en est sa cause …

 

P. Louis Menvielle - Le Pape Benoît XVI a déclaré le Père Marie-Eugène « Vénérable » le 19 décembre dernier. Cela signifie que l’Eglise reconnaît la haute valeur évangélique de sa vie, ce qu’on appelle les « vertus héroïques ». Actuellement, la Congrégation pour les causes des Saints étudie une guérison qui lui est attribuée, pour voir si elle peut être retenue comme un miracle, ce qui permettrait sa béatification. Le Père Marie-Eugène (1894-1967) a été ordonné prêtre le 4 février 1922 et les témoins de sa cause ont rapporté combien ils avaient été impressionnés par sa grâce sacerdotale. Pour ses plus proches, il était avant tout prêtre, c’est-à-dire un homme saisi par le Christ Prêtre, un homme pour ainsi dire identifié au Christ bon Pasteur, un homme dont la vie, les actions, les attitudes, les paroles vous renvoyaient à Jésus qui, avec bonté et miséricorde, donne la vie et conduit son troupeau. Ils ajoutent que la vocation du Père Marie-Eugène au Carmel lui a donné le moyen de vivre en plénitude cette dimension sacerdotale : l’oraison l’a enraciné dans le Christ, la spiritualité du Carmel lui a donné les mots pour conduire les autres au Christ. Dans le Christ on trouve tout le mystère, la Plénitude, comme dit saint Paul et, à sa suite, saint Jean de la Croix. Cette cause nous présente un disciple de l’Evangile qui est à la fois un Père qui se penche avec amour sur tous nos besoins et un Maître qui nous montre le chemin de l’union à Dieu.

 

C’est le temps du carême. Qu’est-ce que le Père Marie-Eugène peut dire aux chrétiens pour vivre ce temps fort de l’année liturgique ?

 

En fils de sainte Thérèse d’Avila, il nous dit en premier lieu : regardez Jésus. Le carême est ce temps de 40 jours qui nous prépare à Pâques. C’est une montée vers Jérusalem avec Jésus. La première grande résolution que nous devons prendre, c’est de rester en compagnie de Jésus pendant ce temps de grâce qui nous est offert. Comment cela va-t-il se concrétiser ? Chaque jour, je vais prendre un temps de prière un peu prolongée pour retrouver le Christ, me plonger dans son mystère, le regarder, m’unir à lui, le laisser m’aimer et me transformer jour après jour. Les Evangélistes Marc et Luc insistent tout particulièrement sur la prière de Jésus qui n’hésite pas à tout lâcher pour se retirer dans la solitude et retrouver son Père. Il nous invite à faire pareil : « …Entre dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là dans le secret, et ton Père te le rendra » (Mt 6, 6). Entrer dans sa chambre et fermer la porte, c’est une image qui nous appelle au recueillement en quittant nos activités habituelles : éteindre la télévision, lâcher l’ordinateur, couper le téléphone, fermer nos agendas, pour être tout au Christ. Si je peux, je profite d’une église voisine de ma maison ou de mon travail. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique a toute une partie sur la prière et le moyen de la vivre (n. 2558 et suivants). Il suggère de créer un « coin prière » à la maison (2691).

 

La prière, quand on essaie quelque temps, on découvre vite que ce n’est pas facile. On est distrait…

 

Je vais vous étonner, mais le Père Marie-Eugène explique que la distraction et la sécheresse sont bien souvent le climat habituel de la prière. Dans son maître ouvrage Je veux voir Dieu, il y a tout un chapitre sur cette question : « distractions et sécheresses ». Bien sûr, si ma vie est dissipée, si je vis dans la tiédeur, je ne dois pas m’étonner d’être distrait et sec quand je prie. Il faut alors une conversion. Mais si je cherche à vivre avec Jésus dans la foi et l’amour, il est normal qu’en entrant dans la prière, je me plonge dans une certaine obscurité. La lumière de Dieu est tellement forte qu’elle m’éblouit. Si vous regardez le soleil en face, vous ne voyez plus rien parce que vos yeux ne sont pas faits pour fixer une lumière si intense. Vous avez l’impression de voir tout noir. De même Moïse, quand il montait sur la montagne ou s’approchait de la tente de la Rencontre, entrait dans la nuée. Même chose pour les trois apôtres qui étaient avec Jésus sur la montagne de la transfiguration : dès que le Père se manifeste, ils sont pris dans la nuée. Comment se concrétise pour nous cette nuée ? C’est l’obscurité de la prière, le sentiment parfois que Dieu est bien loin, ce sont les distractions et la sécheresse. Comment on reste dans cette nuée ? Par la foi. Au milieu de la sècheresse, des distractions, le Père Marie-Eugène invitait à rester là, à fixer le mystère dans la foi : je ne vois rien, mais je crois et j’adhère de tout mon être au mystère de Dieu qui veut m’envahir et me transformer. Il avait écrit un jour : « la foi, c’est le face à face dans les ténèbres ». On ne voit pas, on ne sent rien, mais on croit que Dieu est là, on reste en sa présence même si elle est très mystérieuse. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique va exactement dans ce sens lorsqu’il affirme que « La foi est une adhésion filiale à Dieu, au-delà de ce que nous sentons et comprenons » (n. 2609).

 

Mais Dieu, il faut bien le connaître un peu pour adhérer à lui et à sa présence.

 

Oui, la foi s’appuie sur l’intelligence. Ce n’est pas pour rien que Jean-Paul II a publié une encyclique sur foi et raison, et que Benoît XVI insiste tant sur cette relation. La lecture spirituelle est essentielle pour avancer dans la prière. Tous ces thèmes sont développés dans Je veux voir Dieu, où il y a un chapitre sur la foi, un autre sur foi et théologie, un autre encore sur les lectures spirituelles. Si nous revenons au carême, voilà un moyen de le vivre en profondeur : prendre un évangile et le lire en entier, petit bout par petit bout chaque jour. Lire aussi de façon attentive un livre sur Jésus pour aider à comprendre un peu qui il est, comment il agit, quelles sont ses réactions. Le Père Marie-Eugène donnait des titres d’ouvrages de son époque. Aujourd’hui, on pourrait conseiller, par exemple, de lire ou de relire les deux ouvrages de Benoît XVI sur Jésus de Nazareth. Les idées qu’on trouve en lisant nourrissent notre intelligence et elles nous aident à la fixer un peu quand nous prions. Mais attention, il ne s’agit pas de réfléchir pendant la prière, ce n’est pas le moment. Sainte Thérèse d’Avila disait : « L'important n'est pas de penser beaucoup, mais d'aimer beaucoup » (IV Demeures, 1,7). Cependant, lorsqu’on aime quelqu’un, on est très aidé en considérant un aspect de sa personnalité, de son mystère. Une intelligence non nourrie et vide, favorise la distraction et la sécheresse, qui ne correspondent plus alors à la nuée de la présence de Dieu. Le Père Marie-Eugène était d’origine campagnarde. Il savait utiliser les images de la nature. Voilà comment il explique l’importance de la lecture spirituelle : la contemplation de celui qui ne nourrit pas son intelligence est « une espèce de regard vague, celui du petit veau qui est en train de paître et qui ne regarde rien » ! La foi n’est pas un regard vague. Dieu est lumière et amour. Nous l’aimons en le connaissant, nous le connaissons en l’aimant, il se donne à nous comme connaissance et amour. C’est l’enseignement de saint Paul aux Ephésiens.

 

Donc on fait un bon carême si on prie et si on lit quelque chose sur Jésus?

 

P. Louis Menvielle - C’est déjà pas mal. Mais la prière doit à la fois s’enraciner dans la vie et déboucher dans la vie, sinon elle n’est pas authentique. Rappelons-nous l’avertissement de saint Jean : « Celui qui dit aimer Dieu et qui n'aime pas son frère est un menteur » (1 Jean 4, 20). La prière est un lieu de croissance de l’amour. Cet amour doit ensuite s’exprimer dans le concret. Et inversement l’amour qui grandit dans la vie quotidienne me permet d’aimer plus profondément dans la prière. L’amour est la synthèse de la vie chrétienne. Le Père Marie-Eugène insistait beaucoup sur l’importance de l’amour, seul moteur vraiment efficace de la croissance vers la sainteté. L’amour en-dehors de la prière prend essentiellement deux formes : l’amour dans le devoir d’état et l’amour des autres. L’amour dans le devoir d’état, c’est ce que saint Paul demande aux Colossiens : « Quoi que vous fassiez, faites-le de bon cœur, comme pour le Seigneur » (3, 23) : faire les choses le mieux possible, honnêtement, avec conscience ; et les faire comme pour le Seigneur, en sa présence, pour le servir. C’était l’attitude de Marie à Nazareth qui faisait tout avec amour, pour Jésus et en sa présence. On voit bien de quoi il s’agit dans le travail professionnel ou dans la vie familiale. On voit aussi toutes les exigences que recouvre l’amour des autres : la fidélité conjugale, la délicatesse dans l’amour, l’attention aux autres, le temps « perdu » pour eux, l’implication dans l’éducation, le pardon (qui est peut-être l’exigence la plus difficile mais la plus urgente dans les familles et au travail), etc. Pour les prêtres, on parle de charité pastorale : c’est l’amour du Christ que le prêtre met dans tous les actes de son ministère. Et comme l’amour ne se limite pas aux « 35 heures », la charité pastorale, dans le fond, c’est l’amour que le prêtre uni au Christ met dans tous les actes de sa vie, du matin au soir et du soir au matin, précisément pour devenir amour, reflet de Dieu. Cet amour là est inséparablement amour du ministère et amour des autres. Si vous voulez voir dans Je veux voir Dieu ce qui est dit sur l’amour, il faudrait bien sûr tout lire, mais il y a un développement plus spécifique dans le dernier chapitre.

 

Vous parlez du Carême et vous n’avez pas encore employé le mot « sacrifice ».

 

La vie chrétienne, la vie évangélique, la croissance vers la sainteté ne peuvent pas faire abstraction de la Croix. Ou alors, il ne s’agit pas de la vie « en Christ », étant donné que je ne participe à sa résurrection qu’en espérance. Les maîtres spirituels n’ont pas peur du mot « ascèse » et le Père Marie-Eugène y a consacré tout un chapitre dans son livre. L’ascèse a deux buts : apprendre à dominer mes passions, à purifier les tendances mauvaises qui m’habitent, faire en sorte que mon esprit soit maître de mon corps pour pouvoir se mettre lui-même au service de l’Esprit de Dieu ; c’est le premier aspect, celui qui touche à la conversion personnelle. Nous commençons le carême par cette proclamation de Jésus : « Le Royaume de Dieu est tout proche: repentez-vous et croyez à l'Evangile » (Mc 1, 15). Evidemment, la grande question est de découvrir sur quel point nous devons nous convertir. La connaissance de soi est à la base de la vie chrétienne. Quand je découvre des points qui ne sont pas conformes à l’Evangile, je dois m’y atteler avec ardeur et courage, mais aussi avec réalisme, conscient de ma faiblesse, et donc à la fois résolu dans ma volonté de conversion et mendiant de la grâce de Dieu, en particulier celle de la confession, pour qu’elle me donne la lumière et la force de sortir de mes ornières et de ne pas m’arrêter dans la croissance. « La grande preuve de sainteté d'une âme, disait le Père Marie-Eugène, ce n'est pas qu'elle n'ait pas de tentations, ou de lassitude, mais non. C’est qu'elle réagisse et remonte de-là vers Dieu ». Il faut pour cela beaucoup d’humilité, et voilà peut-être le point crucial de l’ascèse aujourd’hui.

 

Pourquoi ?

 

Le carême est un temps de pénitence où nous maitrisons notre corps, comme dit la liturgie, en particulier par le jeûne et l’abstinence. Ce point est incontournable, tous les saints l’ont mis en pratique et enseigné. Il ne doit cependant pas occulter une urgence de conversion, peut-être plus caractéristique de notre époque : le siècle des lumières et les progrès techniques nous ont convaincus de la grandeur de notre intelligence personnelle. Et même si l’échec des grandes idéologies et les blessures de la vie ont largement émoussé l’intelligence de l’humanité et, bien souvent, l’estime que nous avons de nous-mêmes, il reste dans le cœur de l’homme cet orgueil de la raison qui cite à son tribunal tout ce qu’il entend, tout ce qu’il voit, tout ce qui se dit, Dieu lui-même. Apprendre à devenir des enfants humbles et confiants devant Dieu, vivant dans la vérité de notre être à la fois magnifique et blessé, tel est le grand programme d’ « ascèse » que le Père Marie-Eugène, dans la ligne de la petite Thérèse, présente dans les chapitres de Je veux voir Dieu sur l’ascèse et sur l’humilité. Grandir dans l’amour et dans l’humilité en regardant le Christ, voilà un beau programme de carême !

 

Mais l’humilité, c’est difficile. On a l’impression que cela nous dépasse parfois. Qu’est-ce qu’en dit le Père Marie-Eugène ?

 

P. Louis Menvielle - Je vous cite cette phrase si encourageante de Je veux voir Dieu : « Le pauvre, conscient de sa misère, tend la main. L'orgueilleux qui voit son orgueil doit se faire mendiant de la lumière de vérité qui crée l'humilité, et sa prière doit se faire d'autant plus instante que l'orgueil est plus grand et que l'humilité est le fondement et la condition de tout progrès spirituel. (…) L'orgueil qui a pris l'habitude de supplier humblement fait jaillir de lui-même une source de lumière et de vie » (p. 359).

 

Vous disiez que l’ascèse a deux buts. Vous avez expliqué le premier qui est la conversion. Quel est le deuxième ?

 

C’est la fécondité de l’union à Jésus dans sa Passion. Si le carême nous prépare à Pâques, nous n’y arriverons qu’en passant par la Semaine Sainte. Notre société contemporaine a raison de vouloir éliminer la souffrance, ou du moins la soulager : c’est ce qu’a fait le bon samaritain de l’Evangile, il est le modèle choisi par Jésus pour concrétiser l’amour du prochain. Aimer les autres, c’est en particulier soulager leurs souffrances. Mais il faut être réaliste, cela ne supprimera pas la souffrance. Elle une composante de notre condition et nous sommes ou nous serons tous confrontés à la souffrance avant de connaître la mort. Comment vivre cela ? L’Evangile de Jean est impressionnant sur ce point : Dieu a tellement aimé le monde qu’il a envoyé son Fils pour qu’il aime jusqu’au bout. « J’aime le Père… je vous ai aimés… ». Et Jésus n’a pas évité ce qui nous angoisse tant : la souffrance et la mort. Au lieu de les supprimer, il les a « fécondées » en en faisant le lieu de son plus grand amour, pour le Père et pour nous. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique (n. 2606) commente ainsi le dernier « grand cri » de Jésus quand « il expire en livrant son esprit » : « Toutes les détresses de l'humanité de tous les temps, esclave du péché et de la mort, toutes les demandes et les intercessions de l'histoire du salut sont recueillies dans ce Cri du Verbe incarné. Voici que le Père les accueille et, au-delà de toute espérance, les exauce en ressuscitant son Fils » et en nous unissant à lui dans l’espérance de notre propre résurrection. Dans sa souffrance et dans sa mort vécues jusqu’à l’extrême de l’amour pour son Père et chacun de nous, Jésus présente au Père toutes les détresses de l’humanité. Ces détresses, présentées par le Christ, sont accueillies par le Père qui les retourne en don de l’Esprit dès aujourd’hui et en promesse de résurrection pour demain. C’est là notre espérance, c’est là aussi notre mission, si bien manifestée par le sacrement des malades qui donne aux malades la mission et la grâce de s’unir au Christ pour présenter au Père « toutes les détresses de l’humanité » et obtenir que l’Esprit renouvelle la face de la terre.

 

Comment le Père Marie-Eugène a-t-il vécu la souffrance ?

 

Le Père Marie-Eugène était un vivant, il n’avait rien de doloriste, il soignait les malades avec un amour paternel et aujourd’hui il obtient de Dieu la guérison d’un certain nombre. Comme Jésus qui guérissait aussi, cela ne l’empêchait pas d’avoir des paroles très fortes sur la fécondité de la souffrance vécue dans la foi et dans l’amour, dans l’antinomie de la présence comblante de Dieu au milieu de la souffrance qui vous taraude. Je pense en particulier à cette confidence, à la fin de sa vie, alors qu’il venait de subir des examens médicaux, longs et douloureux : « J'ai fait oraison pendant tout le temps, sur la table. J'étais avec l'Esprit Saint. On me demandait si je n'avais pas mal, sur cette table. Bien sûr que j'avais mal, à la colonne vertébrale, partout, mais ça ne comptait pas. J'étais avec la Trinité Sainte. Le temps ne m'a pas paru long... Dès que je me mets en oraison, l’Esprit Saint est là. Je trouve le Père, le Fils, toute la Trinité Sainte est là. Quand je mourrai, ce sera les yeux ouverts, je ne verrai pas autre chose que ce que je vois maintenant dans la foi. Comment voulez-vous que je ne sois pas heureux avec tout cela, quelles que soient mes souffrances. Cette joie qui surprend tout le monde, elle est normale ». Oui, cela surprend, et pourtant les saints nous assurent que « c’est normal ». Antinomies de la souffrance et de la fécondité, mystère insondable, terrible mais incontournable, où nous sommes appelés à devenir, comme le Christ, avec le Christ et dans le Christ, louange du Père, sauveur du monde… semences pour notre résurrection et celle de nos frères.

 

Pour aller plus loin, par exemple : « Thérèse docteur racontée par le père Marie-Eugène de l'E.-J. »,
Tome 1 : « Histoire d'un thérésien », Tome 2 : « Les clefs de la petite voie », par le P. Louis Menvielle.


Tiré du site Zenit.org

 

«Combien de temps pensez-vous qu'il faille consacrer chaque jour à l'oraison?», demande une jeune épouse au Père Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus. «Pour commencer, une heure par jour», répond le Père. La jeune femme tombe des nues: «Consacrer chaque jour une heure à l'oraison! mais c'est impossible! impensable! Où placer cette heure d'oraison dans une vie qui est déjà pleine comme un oeuf?» Un bon sourire éclaire le visage du Père: «Madame, si vous ne vous sentez pas prête à donner à Dieu chaque jour une heure dans l'oraison, c'est pour moi la preuve certaine que vous vous êtes trompée de porte en venant frapper à la mienne». Qui est donc ce prêtre aux exigences si étonnantes?

 

Le site de Notre-Dame de Vie - Institut séculier fondé par le Père Marie-Eugène 

Pages consacrées au Père Marie-Eugène sur le site du Carmel en France (cf. le sommet de cette page, à droite)

 

Mercredi 13 avril 2011 3 13 /04 /Avr /2011 20:21

 

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« N’ayons pas peur de changer nos habitudes », par exemple, en prenant le temps de prier, suggère Benoît XVI en s’adressant aux francophones après l’angélus de ce 11 mars.  Ce qui est en jeu c’est le bonheur !

Des paroles qui dérangent, et à placer dans le cadre des catéchèses de Benoît XVI pour le carême : « En ce troisième dimanche de Carême le Seigneur nous invite à nous convertir », rappelle le pape.

Il insiste sur le fait que le carême constitue un « temps de grâce » offert pour la « purification des cœurs et des esprits » et pour la « libération des peurs et des doutes ».

«  En toute confiance, exhorte le pape, laissons-nous transformer par le Christ et n’ayons pas peur de changer nos habitudes et nos comportements ».

Concrètement, que propose le pape ? De « prendre du temps pour la prière car, dans la fécondité du silence et de la prière, Dieu nous donnera d’expérimenter le vrai bonheur ! »

 « Sachons rejeter tout ce qui peut nous conduire loin de Dieu », demande Benoît XVI aux catholiques francophones, les invitant au « courage » de la « prière ».

 « Le temps du Carême est exigeant car il nous invite à revenir vers Dieu, a dit le pape. Jésus après son baptême, au début de sa mission, est conduit au désert. Avec Lui, expérimentons ce temps de désert et de solitude ».

C’est pourquoi il invite à ce discernement : « Sachons rejeter tout ce qui peut nous conduire loin de Dieu et profitons de ce Carême pour revenir vers Lui ».

Il indique le moyen de la prière et rappelle le thème de son message de carême: "Prenons avec courage les chemins de la prière. Redécouvrons l’importance de notre relation à Dieu et « faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes » (He10,24)."

"Que la Vierge Marie nous aide à faire totalement la volonté de notre Dieu ! Bon Carême à tous!", a conclu le pape.

 

La confiance en Dieu mûrit dans le silence, a expliqué Benoît XVI dans sa catéchèse de ce mercredi 7 mars, place Saint-Pierre 

Réapprendre le silence

 

Il invite à « réapprendre le silence, l’ouverture à l’écoute, pour nous ouvrir à l’autre, à la parole de Dieu ». Il explique : « Les évangiles présentent souvent Jésus, surtout au moment des choix décisifs, se retirant seul dans un lieu à l’écart des foules et de ses disciples pour prier dans le silence et vivre son rapport filial avec Dieu. Le silence est capable de creuser un espace intérieur au plus profond de nous-mêmes, pour y faire habiter Dieu, afin que sa parole demeure en nous, pour que notre amour pour lui s’enracine dans notre esprit et dans notre cœur et anime notre vie ».

Il évoque ensuite « une seconde relation du silence avec la prière » : « Ce n’est pas seulement notre silence qui nous dispose à l’écoute de la Parole de Dieu ; souvent, dans notre prière, nous nous trouvons confrontés au silence de Dieu, nous éprouvons presque un sentiment d’abandon, il nous semble que Dieu ne nous écoute pas et ne nous répond pas. Mais ce silence de Dieu, comme pour Jésus, n’est pas le signe de son absence ».

 

Le silence de Dieu, pour le connaître

 

« Le chrétien sait bien, insiste le pape, que le Seigneur est présent et qu’il écoute, même dans l’obscurité de la douleur, du refus et de la solitude. Jésus donne à ses disciples, et à chacun de nous, l’assurance que Dieu connaît bien nos besoins, dans toutes les situations de notre vie. Il enseigne les disciples : « Dans vos prières, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’en parlant beaucoup ils se feront mieux écouter. N’allez pas faire comme eux ; car votre Père sait bien ce qu’il vous faut, avant que vous le lui demandiez » (Mt 6, 7-8) ».

 

« Un cœur attentif, silencieux, ouvert est plus important que beaucoup de paroles. Dieu nous connaît jusqu’à l’intime, mieux que nous-mêmes, et il nous aime : le savoir doit nous suffire », ajoute le pape avant de citer l’exemple de Job : « En peu de temps, cet homme perd tout : ses proches, ses biens, ses amis, sa santé ; le comportement de Dieu envers lui semble vraiment être un abandon, un silence total. Et pourtant, dans son rapport à Dieu, Job lui parle et crie vers lui : malgré tout cela, dans sa prière, il garde sa foi intacte et, à la fin, il découvre la valeur de son expérience et du silence de Dieu. Et ainsi, s’adressant au Créateur, il peut enfin conclure : « Je ne te connaissais que par ouïe dire, mais maintenant mes yeux t’ont vu » (Jb 42, 5) ».

 

Le pape revient à la situation des baptisés : « Nous tous, dans l’ensemble, nous connaissons Dieu seulement par ouïe dire et, plus nous sommes ouverts à son silence et à notre silence, plus nous commençons à le connaître réellement. Cette confiance extrême qui s’ouvre à une rencontre profonde avec Dieu a mûri dans le silence ».

 

Le sacrement de la réconciliation constitue en quelque sorte une rampe de lancement de la nouvelle évangélisation, fait observer Benoît XVI aux confesseurs. Car c’est le lieu privilégié de la rencontre du Christ miséricordieux.


Le pape invite les prêtres à un « nouveau courage » pastoral et pédagogique pour proposer la pratique du sacrement de la pénitence et de la réconciliation.

« La nouvelle évangélisation part aussi du confessionnal ! C’est-à-dire qu’elle part de la rencontre mystérieuse entre l’inépuisable demande de l’homme – signe en lui du mystère créateur – et de la miséricorde de Dieu, seul réponse adéquate au besoin humain d’infini », affirme le pape.

Le « désir de changement » est au cœur de celui qui vient demander ce sacrement, fait observer le pape : les confesseurs sont donc les protagonistes de tant de « nouveaux départs possibles » pour les baptisés qui le leur demandent. Mais cette nouveauté ne consiste pas seulement dans le fait de « quitter » le passé ou de « l’enlever » mais dans « l’accueil du Christ » car c’est lui qui peut « éclairer toutes les zones d’ombre ».

Le sacrement est effectivement le lieu d’une « expérience » spécifique de la présence du Christ miséricordieux, explique-t-il: « Si telle est la célébration du sacrement de la réconciliation, les fidèles y feront l’expérience de cette miséricorde que Jésus de Nazareth, Seigneur et Christ, nous a donné, alors, il deviendront des témoins crédibles de cette sainteté qui est le but de la nouvelle évangélisation ».

Ceci est vrai pour les fidèles laïcs, et c’est extrêmement important pour les prêtres eux-mêmes, car « le ministre du sacrement collabore à la nouvelle évangélisation en renouvelant la conscience du besoin de s’approcher du pardon sacramentel » en vue d’une nouvelle « rencontre avec le Christ ».

« Qui vous rencontre », a rappelé Benoît XVI aux prêtres, devrait pouvoir dire comme les premiers disciples : « nous avons rencontré le Messie ». C’est à cette condition que chaque confession sera un pas de plus dans la « nouvelle évangélisation ».

Et d’expliquer que la conversion du chrétien est la condition sine qua non d’une nouvelle évangélisation : « La nouvelle évangélisation a pour sève vitale la sainteté des enfants de l’Eglise, du chemin quotidien de conversion personnelle et communautaire pour se conformer toujours davantage au Christ ».

Car c’est justement par la confession que le pécheur qui se repent « quitte le vieil homme pour revêtir l’homme nouveau ».

En effet, rappelle-t-il, seul un chrétien qui « s’est laissé renouveler en profondeur par la grâce divine peut porter en lui-même – et donc l’annoncer – la nouveauté de l’Evangile » : une conversion réelle des cœurs constitue « le moteur de toute réforme » et elle « se traduit » par une « vraie force évangélisatrice ».

C’est, à la suite de Jean-Paul II, à un « nouveau courage pastoral » que le pape invite les prêtres pour une « pédagogie quotidienne des communautés chrétiennes » qui sache « proposer  de façon persuasive et efficace la pratique du sacrement de la réconciliation ».

Ce dont il s’agit, précise-t-il, c’est en effet de faire redécouvrir le visage du Christ « comme celui en qui Dieu nous montre son cœur plein de compassion ».

Le pape discerne une « urgence éducative », en ce sens que  « le relativisme remet en question la possibilité même  d’une éducation, entendue comme une introduction progressive dans la connaissance de la vérité, et donc comme une introduction progressive dans le rapport  avec la vérité qui est Dieu ». C’est dans ce contexte, affirme-t-il, que l’évangélisation passe par l’annonce d’un Dieu proche : « Les chrétiens sont appelés à annoncer, vigoureusement, la possibilité de la rencontre de l’homme d’aujourd’hui avec Jésus-Christ, en qui Dieu s’est fait si proche qu’on puisse le voir et l’écouter ».

D’où le rôle du sacrement de la réconciliation par lequel Dieu entre au cœur de la vie des personnes : « La certitude que Dieu est proche et, que, dans sa miséricorde, il attend l’homme, y compris celui qui est empêtré dans le péché, qu'il peut guérir ses infirmités, par la grâce du sacrement de la réconciliation, est toujours une lumière d’espérance pour le monde ».


Gethsémani ou comment la « terre » peut devenir le « Ciel »


« La « terre » devient le « ciel », lieu de la présence de l’amour, de la bonté, de la vérité, de la beauté divine » lorsque l’homme accomplit la volonté de Dieu, explique Benoît XVI.

Le pape a en effet poursuivi sa série de catéchèses sur la prière du Christ lors de l’audience générale de ce 1er février, en la salle Paul VI du Vatican. 

Au Mont des Oliviers, a-t-il dit en substance, Jésus nous révèle la profondeur de son mystère intérieur et de sa relation à son Père (cf. texte intégral en français).

Le pape a rapproché la prière du Christ au Jardin des Oliviers de la prière du Notre Père en disant : « Chaque jour dans la prière du Notre Père, nous demandons au Seigneur : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » (Mt 6, 10). Nous reconnaissons donc qu’il y a une volonté de Dieu avec nous et pour nous, une volonté de Dieu sur notre vie, qui doit devenir chaque jour davantage le point de référence de notre vouloir et de notre être ; nous reconnaissons ensuite que c’est au « ciel » que se fait la volonté de Dieu et que la « terre » devient le « ciel », lieu de la présence de l’amour, de la bonté, de la vérité, de la beauté divine, uniquement si la volonté de Dieu se réalise en elle ». 

Benoît XVI souligne ce renversement paradoxal : « Dans la prière que Jésus adresse au Père, en cette nuit terrible et magnifique de Gethsémani, la « terre » est devenue le « ciel » ; la « terre » de sa volonté humaine, bouleversée par la peur et l’angoisse, a été assumée par sa volonté divine, de sorte que la volonté de Dieu s’est réalisée sur la terre. Et c’est important aussi dans notre prière : nous devons apprendre à compter davantage sur la Providence divine, demander à Dieu la force de sortir de nous-mêmes pour lui redire notre « oui », pour lui répéter « que ta volonté soit faite », pour conformer notre volonté à la sienne ». 

Le pape recommande aux catholiques cet exercice spirituel quotidien, qui est exercice de la liberté : « C’est une prière que nous devons faire tous les jours parce qu’il n’est pas toujours facile de se remettre à la volonté de Dieu, de répéter le « oui » de Jésus, le « oui » de Marie. Les récits évangéliques de Gethsémani montrent douloureusement que les trois disciples, choisis par Jésus pour être proches de lui, n’ont pas été capables de veiller avec lui, de partager sa prière, son adhésion au Père et ils se sont laissé écraser de sommeil. Chers amis, demandons au Seigneur de nous rendre capables de veiller avec lui dans la prière, de suivre la volonté de Dieu chaque jour même si elle nous parle de la croix, de vivre une intimité de plus en plus grande avec le Seigneur, pour apporter ensemble sur cette « terre » un peu du « ciel » de Dieu ». 

L’ anti-conformisme chrétien rend vraiment libre, fait observer en substance Benoît XVI qui a précisé que cet anti-conformisme « n’est pas contre le monde, mais est un véritable amour du monde ».

Il y a un « non-conformisme » du chrétien face au monde, a fait observer le pape à ceux qu’il a affectueusement appelés « mes séminaristes ». Accueilli par le recteur du grand séminaire de Rome, le P. Concetto Occhipinti, et par la communauté de l’institut, enthousiaste, Benoît XVI s’est d’abord recueilli auprès du tabernacle.

Sa lectio divina a ensuite porté sur un passage de la Lettre de saint Paul « aux Romains » –justement ! - : une invitation de l’apôtre des Gentils à « offrir son corps en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu », à « ne pas se conformer à ce monde », à « se laisser transformer pour pouvoir discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait » (cf. Rm 12).

Or, a remarqué le pape, « ne pas se conformer » ne veut pas dire « fuir le monde », mais c’est une voie pour être « vraiment libre ».

Le pape a mentionné deux « pouvoirs » modernes : le pouvoir de la finance et celui des media, reconnaissant qu’ils sont « tous deux nécessaires et utiles », tout en risquant parfois « de dominer l’homme ».

« Le monde de la finance ne représente plus un instrument pour favoriser le bien-être, pour favoriser la vie de l’homme, mais il devient un pouvoir qui l’opprime, qu’il faut quasiment adorer, c’est mammon, la fausse divinité qui, en réalité, domine le monde. Face au conformisme de la soumission à ce pouvoir, nous sommes non-conformistes : ce qui compte, ce n’est pas ce que l’on a, mais ce que l’on est ! Ne nous soumettons pas à ce pouvoir, utilisons-le comme un moyen, mais avec la liberté des enfants de Dieu », a exhorté le pape.

Dans les media, ce qui est dit ou écrit devient parfois plus important que la réalité elle-même, a fait remarquer Benoît XVI : le monde « virtuel » risque alors de devenir plus important que le monde « réel ».

C’est là que « le non-conformisme du chrétien libère, rend à la vérité ».

« Alors, a invité le pape, prions le Seigneur de nous aider à être des hommes libres dans ce non-conformisme qui n’est pas contre le monde, mais qui est un véritable amour du monde ».

Ces jours-ci, on parle beaucoup de l’Eglise de Rome, on dit beaucoup de choses à son sujet – a fait remarquer le pape avant d’ajouter: « Espérons que l’on parle aussi de notre foi, de la foi exemplaire de l’Eglise de Rome, et prions le Seigneur que, grâce à nous, on ne parle pas tant de ces choses, mais plutôt de la foi de l’Eglise de Rome ».

Benoît XVI a ensuite exhorté les séminaristes : le christianisme n’est pas seulement spiritualisation, ou moralisation, mais incarnation. L’invitation de Paul à offrir son propre corps est une invitation à être « un » avec Dieu.

 "Il faut que nous soyons réellement pénétrés de la réalité de Dieu, de sorte que toute notre vie – et pas uniquement certaines de nos pensées – soit une liturgie, une adoration", a recommandé le pape.

 

Voir également le très beau message de Benoît XVI pour ce Carême: "Faisons attention les uns aux autres"

 

Tiré de Zenit.org

 


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