A l’époque, j’ai 13 ans. Je vais à la messe tous les dimanches, seule. Maman ne m'accompagne pas, mais tient à ce
que j’y aille. Elle a sans doute raison. Et puisque j’aime y aller, pourquoi m’en priver? J’y trouve une paix et une joie que je ne trouve pas ailleurs…
J’ai fait ma première communion à 11 ans. Je ne me pose même pas la question de l’existence de Dieu. Pour moi, il
existe : c’est évident.
Un jour au catéchisme, on nous propose de faire une retraite à la montagne, à Champéry, en Suisse. J’espère que
maman me laissera y aller, car elle est très sévère et ne me laisse jamais sortir avec mes copains, ni participer aux activités extrascolaires. C’est moins la retraite que le fait de faire enfin
la foire qui m’intéresse. Et puis il y a un certain garçon… !
……………………….
Ça y est, nous y sommes, à la retraite ! Le prêtre nous réunit tous dans une salle et nous annonce le programme : il
va faire une petite introduction et nous nous disperserons en petits groupes pour réfléchir aux thèmes qu’il nous a donnés.
Il dit une chose qui me frappe : « Vous savez, les aveugles ne voient pas ce qui les entoure, les couleurs, la
nature, les fleurs… mais ça ne veut pas dire que toutes ces choses n’existent pas ! Eh bien Dieu, c’est pareil… »
Pendant l’échange à l’extérieur, je m’aperçois qu’on parle de tout sauf du thème proposé.
Mes copines font les imbéciles et la responsable du groupe a l’air de s’en ficher pas mal.
Soudain cela m’exaspère, je suis VRAIMENT FURIEUSE! Je me souviens de la comparaison du prêtre à propos des aveugles
et je HURLE intérieurement : " Seigneur ! Pour une fois que j’ai VRAIMENT envie de parler DE TOI !!! "
Tout à coup je ne suis plus avec le groupe, mais au-dessus des montagnes, dans le ciel. Je suis plongée dans un
silence, une lumière, une paix, un AMOUR… infinis… un AMOUR qui est QUELQU’UN.
Je regarde en bas : la CREATION ! (c’est le mot qui me vient à l’esprit). Je vois les montagnes en dessous de
moi, alors qu’avant elles me surplombaient. Je vois l’arrondi de la terre, le bleu du ciel et les nuages. Je m’écrie intérieurement « Seigneur ! Alors c’est VRAIMENT TOI qui as fait TOUT ÇA
?!
J’ai l’impression qu’IL sourit tendrement à mon émerveillement. Mais je ne LE vois pas, je LE « sens »… je
suis EN LUI…
IL me dit : « Ne t’inquiète pas… Je suis là… tu me trouveras… Je t’aime… »
IL dit EXACTEMENT ces paroles-là, toutes dans le même temps et très distinctement. Je ne L’entends pas avec mon
ouïe, mais mon âme tout entière L’entend. Je « suis » pleinement… dans l’ÊTRE MÊME. Je baigne dans une Plénitude inexprimable…
Et puis soudain, « paf ! », me revoilà dans mon corps, au milieu de mes copines. Je regarde autour de moi : on
grille des saucisses dans un coin, et je n’ai qu’une envie : fuir tout ce brouhaha et retourner là-haut, EN LUI.
"Seigneur! Mais Qu'est-ce qui m'arrive?!!!"
Le reste de la retraite est une véritable torture, car tout me paraît futile, superficiel, vide de sens…
J’apprendrai plus tard, en lisant des vies de saints, que j’ai vécu une « extase »: de « ex- stare »,
« être en dehors » (de son corps).
Je n’oserai pas le raconter durant des années, pensant soit que tous ont vécu une expérience semblable et que ce
n’est pas important, soit que personne n’a rien vécu de pareil et qu’on ne me croira pas.
Je n’oserai pas non plus trop y penser, car à chaque souvenir de cette extase, je me sentirai comme « aspirée » en
Dieu, à m’en éclater le cœur de désir de Lui…
Cela s’est passé il y a 32 ans et c’est la première fois que je « publie » ce récit, en témoignage et hommage à La
Tendresse du Père, qui m’a fait l’immense Grâce de cette Rencontre, et dont j’ai si souvent trahi l’immense Amour…
Puisse ce partage conforter et encourager votre Foi. De même que les aveugles ne voient pas toutes les merveilles
qui les entourent, nous sommes souvent aveugles au Dieu d’Amour, pourtant bien Présent dans chacune de nos vies! Qu’Il nous bénisse et nous aide à mieux Être, à Son image et à Sa
ressemblance…
Adeodata, indigne tertiaire du Carmel, en la Fête de la Présentation du Seigneur,
Lumière du monde, 2011.
Dédié à Patrick, ma chère petite âme sœur.
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